En septembre nous sommes allés au lac St Jean avec la voiture d’Anouck (nous n’avions alors pas de plaque, voir Vroum Miam Vroum).

En 2013 Amélie, Vio et Jibril en avaient fait le tour à vélo en trois jours (250 Km), les courageux. Nous, pour cette fois on se la joue pépère en vago.

Road trip d’automne

Notre première étape s’appelle Mashteuiatsh. Fut un temps, les colons l’avait appelée pointe bleue, mais dans une volonté de permettre aux premières nations de se réapproprier le territoire, le nom ancien fut restauré.

 Mashteuiatsh

 

C’est donc, vous vous en doutez, une petite ville « Amérindienne ». Plus grand monde n’ose utilise ce terme ici, il est jugé raciste et déplacé (ils n’étaient indiens que pour les colons, somme toute!). Les programmes scolaires commencent vaguement à reformuler l’histoire officielle, celle de Christophe Colomb (Columbus) « découvrant » l’Amérique.

« La mer intérieure du royaume du Saguenay » Un guide routier (70-80) déterré de la bibli des colocs de Montreal

Bref. Dans ce village, il y a un super musée sur la culture et l’histoire des premières nations, créé et géré par eux même (Le centre d’interpretation de Mashteuiatsh). Dans cette ville vivent surtout les Ilnus. A travers le Canada et les Etats Unis, reste un paquet de nations différentes avec des pratiques et histoires propres (même si certaines Nations se sont éteintes avec les génocides et les guerres inter Nations.).

Le musée comprend deux expos complémentaires. L’expo permanente retrace les techniques d’artisanat (pêche, chasse, tannage des peaux, construction) et des outils de transmission du savoir. Il donne une ligne du temps, de l’arrivée des colons aux différents décrets modernes définissant leurs droits au Canada.

Les outils pédagogiques et la scénographie sont exemplaires (notamment les troncs-cabanes où écouter des contes traditionnels en VO ou traduits). La visite est précédée d’un film documentaire et d’une introduction de la Guide, Denise Robertson (certains d’entre vous auront reçu des cartes postales faites par elle), Ilnu par alliance, italo-iroquoise de naissance. Une femme atypique et très impressionnante.

L’autre partie du musée narre la condition sociale des premières nations au Canada, les histoires déchirantes des réserves et les tentatives d’assimilations forcées des enfants… Pour en venir ensuite à la création du musée, la façon de retrouver la parole, de partager la mémoire et les savoir-faire des anciens a l’usage des nouvelles générations. Des oeuvres, des textes, beaucoup d’interviews, et des objets.

 

Si les fonds et les expertises muséographiques n’émanaient pas entièrement des Premières Nations, de longs séminaires ont été organisés pour donner a la population les moyens de s’exprimer, leur permettre de choisir les objets à montrer, les histoires à raconter et construire un musée qui s’adresse autant aux Premières Nations qu’aux autres.

On y a passé facilement 3h avec beaucoup de plaisir ! La seconde Ilnu à la caisse était aussi très rigolote, on aurait pu discuter jusqu’au soir.

Notons que l’été il y a aussi des ateliers d’artisanats ouverts au public mais avec l’ouverture de la chasse finit la saison touristique ! Les Ilnus sont pour la plupart en vadrouille ou se préparent à partir. Et les deux comparses au musée n’attendent qu’une seule chose elles aussi : aller tailler du steak d’Orignal pour nourrir la famille élargie toute l’année.

Après ça on est allés buller sur la plage de Saint Prime, tremper un orteil, mais pas deux !

Le ciel, un peu couvert mais ensoleillé produit un effet surréel. Nous reprenons la voiture pour continuer le tour du lac et chercher un camping.

Le camping

 

Le premier est fermé pour la saison. On hésite à la jouer sauvage mais nous n’avons pas beaucoup d’eau… On en trouve un 2ème, le camping de l’amitié. On est accueillis par de joyeux soixantenaires agglutinés autour du poêle devant leur caravane. Le camping est pratiquement désert, nous avons toute la place de nous étaler. Les gérants arrivent en voiturette de golf et nous offrent (gratos !) du bois pour faire du feu. Chic !

Note voiturette : on voit peu de fauteuils roulants par ici mais beaucoup de fauteuils électriques à crampons ! Parfois on voit des clochard(e)s (à Montreal plutôt) juchés sur leur voiturette-maison. Arthur aimerait bien en avoir un et faire la course avec mais ça serait pas politiquement correct il parait.

Le lac Saint Jean, juste en dessous du camping est si grand qu’on dirait la mer. Mais quand la nuit tombe, les loupiotes des habitations s’allument tout autour et trahissent sa vraie nature.

Ce soir là j’ai reçu mon premier mail d’ATA m’invitant à un entretien skype (la boite où je pars travailler à Vancouver alors que je tape ses lignes dans l’avion ! … Et où je travaille maintenant que je poste enfin cet article !)

C’est aussi une de ces nuits où il a commencé à faire frette. Mais pour être tout à fait honnête les températures ont fait du yoyo plutôt vers le chaud tout le mois de septembre, atteignant 30 degrés à Montréal. Donc pas de quoi se plaindre. Du tout.

Autour du feu on boit le traditionnel thé du soir, et Amélie écrit une N’ième carte postale. Arthur et moi ne tenons plus le compte tant les chiffres nous impressionnent !

Le lendemain nous visitons le parc de la pointe Taillon.

Des plages de sable rouge et noir

Parc national et parc national du Québec

 

Pour la petite histoire, le Québec, bien que faisant partie du Canada, n’a pas signé la constitution ! En 95 le Québec a fait un référendum pour son indépendance, les résultats ont été serrés mais à la majorité le Québec n’a pas fait sécession. Aujourd’hui la question plane à chaque élection mais peu de gens sont prêts à franchir le pas.

Cet État a donc un statut très particulier, que sa francophonie, entre autre, sépare culturellement du reste du Canada.

Si bien que l’on parle de parc nationaux, eux gratuits en 2017 pour les 150 ans du Canada, MAIS AUSSI de parc nationaux Québécois (geres par la Sépaq), qui eux sont payants comme d’ab parce que la fondation du Canada, ils se sentent pas concernés. La formulation a pu en dérouter plus d’un.

Et du coup (expression 100% française, ça) les parcs sont très souvent payants à la journée (par tranches de 24h) ce qui pour nous, français, parait de prime abord fou (la nature c’est du bien commun !) mais fait sens au Canada pour plusieurs raisons :

1 – La logique du pay to use libérale, moins d’impôts de base donc moins de subventions, donc tout est payant

2 – Le Canada est un pays gigantesque, avec peu d’habitants. Les fonds publics seraient clairement insuffisants pour maintenir tous les parcs

3 – L’hiver demande beaucoup d’entretien, les chemins et le balisage s’abiment avec la neige, le gel, les -50 et le dégel

Heureusement il existe des abonnements à l’année rapidement rentables pour les randonneurs amateurs.

Le parc de la pointe Taillon était un peu trop grand pour qu’on puisse en faire le tour en 2-3h mais nous en avons tout de même bien profité !

La tourbière, avec ses épinettes, buissons de cranberry et thé du labrador (malheureusement on a pas vu les plantes carnivores)

Fun fact ! Les castors étanchéifient leur poil avec une huile tirée… de leur glande anale! Qui veut caresser un castor maintenant ?

Explications cependant intéressantes sur la vie et l’observation des castors (leur hutte fume l’hiver ! Facile à repérer !) Le parc a été conçu pour que les castors puissent faire leur affaires sans qu’ils ne puissent inonder les chemins principaux avec leurs barrages. Plutôt malin.

Pour finir Amélie a offert à Arthur une peluche de Raton laveur (racooooon) toute douce pour surveiller la voiture (et faire des câlins pendant la sieste).

Enfin, nous avons tranquillement pris la route du retour afin de passer la soirée avec les super colocs de Chicout’ !

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