L’aventure a 4 en Gaspésie continue.

Chandler

Catherine. Peu après notre arrivée nous tentons d’assister au spectacle de mise en lumière « Nova Lumina ». Jean René nous en a parlé en soulignant son intérêt. Je tente la résa en ligne sur mon « téléphone intelligent » mais la saisie de mes coordonnées s’avère impossible. Nous nous pointons a la caisse 10 minutes avant le départ de la navette prévue a 21h mais on nous refuse l’accès, sous prétexte que l’enregistrement est terminé. Sachant qu’il reste des places, nous proposons de payer en liquide les 80$ requis, l’encaissement pourra être fait à posteriori pensons nous naïvement. Mais c’est sans compter sur la rigueur canadienne.

A plusieurs reprises depuis le début de ce road trip en Gaspésie, nous nous sommes sentis très européens du sud. Toutes nos tentatives de négociation pour quelque modeste avantage (une ristourne pour un tarif familial pour un parc national par exemple) se sont soldées par un refus souriant mais totalement ferme. La bonhommie québécoise de surface (et probablement de fond) va de paire avec une inflexible droiture, peu compatible avec notre propension naturelle à tenter la passe droit sur le gage de notre bonne gueule.

Nous rentrons, un peu déçus.

 

Lovés sous la couette nous entendons la pluie tomber. Le soleil s’est fait la malle, nous sommes au milieu d’un paysage liquide, et il fait suffisamment froid pour apprécier un brunch ogresque : oeufs, bacon, baked beans, pommes de terre sautées.

 

J’adore ce petit chalet. A la marée montante le balcon surplombe l’eau, on se sent englobé sans le paysage. Une première journée d’automne qui appelle à la douceur. Douceur sucrée, parfums de pancakes tartinés de « Laura Second » notre chocolat en pâte préféré.

Percé

Anna. Nous sommes repartis, en direction de Percé. Drôle de musée vivant à l’Anse à Beaufils, « le magasin général historique 1928 » restitue l’ambiance et le contexte du magasin Robin, Jones & Whitman. Au-delà de la foultitude d’articles proposés (alimentation, vêtements, chapeaux, bijoux, savons, cuisinières, outils et matériel agricole) quatre comédiens, dont les descendants du dernier propriétaire (la boutique a fermé dans les années 70) se relaient pour raconter la vie de ce magasin, de ses fondateurs (Robin venait de Jersey!) et de ses clients, notamment les pêcheurs de morue, qui échangeaient le fruit de leur travail contre des marchandises. L’entreprise Robin se passait ainsi de liquidité et contrôlait l’économie locale. Ces pêcheurs devaient avoir une autre activité pour être rémunérés en espèce.

Expérience immersive interessante et émouvante.

Pique nique à proximité du rocher Percé, froid de canard et petit chat. Je suis épuisée par la courte nuit passée d’avantage devant le pc que dans mon lit. Le test graphique est envoyé. Yay.

Dans toute la région se déroulent des expos photo en plein air, nous en voyons une sur les bureaux de fonctionnaires à travers le monde. Des bureaux plus ou moins décorés de symboles nationalistes, de photos de famille, de trophées de chasse (dont une collection de joints pour un policier français !) ou à l’inverse dénués à l’extrême, si ce n’est pour un énorme écran cathodique du siècle dernier. Très drôle et interpellant.

L’Anse du Griffon/Parc de Forillon

Arrêt final de la journée à l’auberge de jeunesse Griffon Aventure qui nous séduit tous. Nous avons un micro chalet pour nous, et une grande cuisine commune pour préparer notre purée de butternut.

Le lendemain, un pale soleil nous accompagne dans notre randonnée au parc national de Forillon, jusqu’au sommet du Mt St Alban. On a essayé du haut de nos grandes pattes, de semer maman qui avait fait un petit arrêt.

« Le sentier ne cessait de descendre, un peu curieux pour atteindre le sommet! Aurais-je manqué une bifurcation ? »

Maman est revenue sur ses pas, jusqu’à ce que j’arrive à lui téléphoner et lui expliquer qu’effectivement le chemin descend, mais qu’il n’y en a qu’un seul, et qu’on l’attend a l’intersection. Nous sommes un peu penauds face à sa colère.

Heureusement en se retrouvant en haut du poste d’observation bien venteux tout ressentiment est effacé.

Nous déjeunons de poutine dans un restau-route baltringue. Maman est catégorique : les frites molles dans la sauce trop salée sont une hérésie ; sans parler du fromage qui fait squick. Elle aura cependant accompli son devoir de touriste presque sans broncher.

Sainte Anne des Monts

L’étape suivante (après une autre expo de photos) est Sainte Anne des Monts. La route est plus montagneuse, les arbres plus… coriandre et paprika.

Le soir Amélie et moi avons profité du Jacuzzi sur le toit pendant qu’Arthur et maman faisaient à manger… Et nous attendaient impatiemment ! Partage des rôles pas très égalitaire il faut admettre.

Nous passons la nuit à l’auberge de jeunesse festive du Sea shack. Pas très festive en cette période pluvieuse, mais au moins nous avons roupillé sans nuisance dans les grands dortoirs. Arthur et Amélie ont planté la tente sur la plage, et tenu le siège du froid et de l’humidité à grand renforts de couvertures de laine.

Le lendemain, le temps est à la pluie et à la flemme ; écriture et mots fléchés nous occupent pour la matinée.

C’est la fin de la Gaspésie

Nous entamons le retour. Pique nique sous une pluie glaciale, une belle expo photo (Alexandra Demenkova) mais il fait bien trop froid pour s’éterniser.

Arthur, grand prince, a partagé son Mister Big! (à défaut nous l’aurions laissé sur le bord de la route). Un brouillard à couper au couteau nous enveloppe jusqu’à Québec (la banlieu de Québec ; pas question de remettre les pieds dans cette ville !). Le voyant moteur est resté allumé les 3/4 du trajet. Maman a rappelé la formule de feu Papy Henri appliquée à ses voitures antédiluviennes: « Quand la loupiote aura claqué ça ne s’affichera plus » ce qui a contribué à détendre l’atmosphère.

Sur le dernier morceau Québec-Montréal le lendemain, nous avons terminé la lecture du roman Chicoutimien, la déesse des mouche à feu. Je ne peux que vous le recommander. On a un peu pleuré a la fin.

Nous passons les dernières 24h à Montréal dans un petit airBnB sur le plateau, à faire du shopping de hippies (Du pain bio ? Un marché de graines ? Jardins partagés ?) et moins hippies (un manteau d’hiver pour arthur et des bottes pour maman).

On est allés voir des expos et bu des coups tous ensemble en parlant des histoires du passé, quand maman avait notre age, et tout nous a paru un peu irréel et rassurant à la fois. Comme si, de raison, tout finirait par prendre un sens, ou du moins une direction, comme ça l’a toujours fait pour toutes les histoires humaines du monde.